2023
Descendre (théâtre)
Une création théâtrale de François Badoud
PRESENTATION
Entre 1870 et 1980, en Suisse, le pays où j’ai grandi, des centaines de milliers d’enfants et d’adultes ont été respectivement placé.e.s et interné.e.s dans des conditions déplorables, sous la responsabilité de l’Eglise et de l’Etat. Les autorités ordonnaient sans jugements ni droit de recours, à des fins de redressement moral et d’éducation au travail. L’histoire parle d’une culture de l’abus, de violences sexuelles, de stérilisations forcées, d’horaires de travail démentiels, d’atteintes à l’intégrité physique et psychique... A ce jour, 20’000 citoyen.ne.s suisses concerné.e.s par ce passé sont encore en vie. Des événements similaires ont été constatés en Allemagne, en France, en Angleterre, en Irlande, au Canada et en Belgique.
Par la rencontre d’un frère et d’une soeur, la pièce recourt à la fiction pour emmener l’imaginaire et les émotions des spectateur.ice.s : elle les confronte pourtant à des faits et témoignages bien réels. C’est dans cet abîme entre fiction et réalité que s’ouvrent des questions aussi intimes que politiques :
Parler peut-il soigner ? Comment se relier à ses traumas et ceux des autres ? Peut-on tout entendre ? Quelles défenses met-on en place face à l’horreur ? Comment survit-on à un tel passé ? Pourquoi a-t-il fallu attendre jusque 2014 pour qu’un tel passé soit reconnu ? Quelle place donnons-nous aux traumas de celleux qui vivent dans notre société actuelle ? Que reste-t-il de la bien-pensance de ce passé ? Peut-on construire l’avenir sans soigner son passé ? Etc.
SYNOPSIS
Un frère et une sœur se retrouvent suite au décès de leur mère, après des années de séparation. Lui a été placé dans des institutions religieuses dès son plus jeune âge et s’est toujours cru orphelin ; elle a fui sa famille et fut internée au pénitencier H, alors qu’elle était fille-mère (sans mari).
Pour se retrouver, iels se lancent dans une marche « sans but sans raison », dans les montagnes, au printemps. Errant, iels vont devoir dire et entendre leur histoire, « descendre » dans leurs mémoires, se raconter l’abandon, les mensonges, les abus... autant de montagnes à aplatir pour se retrouver.
Ici-haut, l’enchantement de la montagne, voile de beauté sur le passé ; ici-bas, la souffrance, les fantômes, l’enfance…
INTENTION & DÉMARCHE
J’ai grandi dans un pays de culture judéo-chrétienne où la bien-pensance, l’ordre et la morale ont guidé mon éducation. Lorsque je découvre l’histoire des placements et internements, que je vois des visages voisins qui prennent la parole, je suis abasourdi. C’est allé jusque là...
Avec ce projet, j’exprime la nécessité de « descendre » dans les mémoires collectives, de prendre la parole pour dénoncer les mécanismes d’exclusion et d’abus des plus faibles. Il s’agit de partager nos histoires pour nous « retrouver » en tant qu’individu, que famille, que société ; il s’agit de faire tomber les murs de nos croyances, de nos identités, de questionner les dérives de notre passé, comme de notre présent.
Après une longue recherche documentaire, j’écris « Descendre » dans un acte de décharge des mémoires engrangées. Les mots se déploient à partir d’une intrigue fictionnelle simple, convoyant le mystère nécessaire au déploiement de l’inconnu.
Le texte est une expérience de langage, où des phrases courtes et hâchées invitent les corps au dénuement et à la diffulté de l’expression. En 2022, le texte est, parmi 299 autres, Lauréat de l’Aide à la création, un prix attribué par ARTCENA en France.
MISE EN SCÈNE
Le rapport public se construit sur trois niveaux de narration, visant à enrichir les sens de lecture du texte et de l’histoire. Leur agencement crée un voyage vertigineux, variant les rythmes et les intensités.
Le premier niveau (suspens) montre l’union des corps du frère et de la sœur, comme s’ils n’avaient jamais été séparés. Leur rencontre y est narrée, commentée, interrogée. Le second niveau (retrouvailles) donne à voir l’incarnation des personnages, la séparation des corps et les difficultés à se rencontrer. Il se joue entre l’hyperprésent du théâtre et la fiction, représentée par des éléments de montagne (rochers, tapis de fleur, etc.). Entre ces deux dimensions, les personnages se rapprochent et se déchirent. Le troisième niveau (descentes) consacre l’acte de parole pour ce qu’il a de libérateur et de cathartique. Ainsi la sœur s’y raconte à la manière d’un talk-show débordant, où elle fait ressurgir des personnages du passé ; et le frère y revisite son enfance en mettant en scène des figures oniriques (un oiseau, une bonne sœur, une paysanne en fleur), qui sont comme des écrins pour sa parole.
TECHNIQUE
Parcimonieuse, simple et léchée, la technique est pensée comme signe de sens et soutien de l’émotion.
La création sonore alterne compositions abstraites, notes musicales et paysages sonores de montagne.
La scénographie évolue à mesure du spectacle autour d’éléments de la nature (rochers, tapis de fleur, cascade...). ainsi qu’elle habille les personnages secondaires.
La création lumière travaille diverses atmosphères, entre focalisations envoûtantes et pleins feux colorés.
CRÉDITS
Mise en scène François Badoud
Collaboration à la mise en scène et à la dramaturgie Suzanne Emond
Jeu Camille Raséra et François Badoud
Ecriture François Badoud
Scénographie et costumes Satu Peltoniemi
Assistanat scénographique et costumes Alicia Jeannin
Création lumière Matthieu Libion
Régie générale Alice Gaucher
Chargées de production et de diffusion François Badoud
Production entrelacs ASBL
Coproduction Théâtre Les Riches-Claires (BE)
Avec le soutien de : ARTCENA (FR), Centre culturel de Verviers (BE), Ambassade de Suisse (BE), Swissperform (CH), Centre culturel de Jette L’armillaire (BE), Maison des Cultures de Saint-Gilles (BE), Centre des arts scéniques (BE), Ulule crowdfunding, Cie l’Acteur et l’Ecrit (BE)
Création Théâtre Les Riches-Claires (Bruxelles, oct. 2023, 10 représentations)
Prix (écriture) Lauréat de l'Aide à la création ARTCENA (2022)
Publication Editions les Oiseaux de Nuit (2021)
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